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Istòria / Histoire


Provenças- Pau Peyre
24 / 06 / 2017 866 lu(s) 


                              Una istòria de « Provença »

En sovenir de nòstre amic Guiu Martin, grand saberut
                             e militant de tria.

                    De la provincia romana a la Provença.

   Chez les Romains, le mot provincia (d’étymologie incertaine) a signifié d’abord la charge confiée à un magistrat. Puis, avec l’extension de l’empire romain hors de l’Italie, le mot a désigné le territoire sur lequel le magistrat (propréteur ou proconsul) exerçait son autorité. À l’origine, le mot n’est qu’un nom commun, la province étant désignée par un terme géographique (Baetica, Asia…).
Lorsque la future Provence est conquise (vers 120 avant J.-C.), il semble que, tout d’abord, elle n’ait pas eu de nom spécifique et qu’on l’appelât simplement Provincia transalpina ou Provincia ulterior (la province transalpine, ou la province qui est de l’autre côté) : cela s’explique sans doute par le fait qu’elle jouxtait l’Italie proprement dite et qu’elle fut vite perçue comme un prolongement de celle-ci.
À l’époque de la conquête du reste de la Gaule par César (58-51  avant J.-C.), la « province transalpine » correspond à un territoire qui comprend les villes de Toulouse et de Narbonne à l’ouest, Vienne et Genève au nord, Fréjus au sud-est. Quand il évoque ce territoire, César le nomme Provincia ulterior, Provincia nostra ou simplement Provincia : on voit par ces deux dernières appellations que notre région devient la provincia par excellence.

C’est, semble-t-il, au temps d’Auguste que s’impose l’appellation officielle de Narbonensis Provincia (la province narbonnaise), Narbonne étant une colonie importante dans laquelle s’est installé le proconsul de la province. Cependant, sous Dioclétien (vers 300), les structures administratives sont profondément bouleversées et ce qui constitue la Provence actuelle se trouvé partagé en trois provinciae différentes. Cependant il semble que l’on continue, dans la langue non administrative, à appeler « Provincia » l’ensemble du territoire situé à l’est du Rhône. Lorsque les royaumes germaniques se partagent l’empire romain  (5e-6e siècles), c’est le terme employé pour désigner cette entité géographique, sans qu’elle corresponde nécessairement à un  territoire administratif. Il faut attendre la désagrégation de l’empire carolingien (843-855) pour que la Provincia retrouve une définition administrative. C’est d’abord le royaume de Provence (ou royaumes d’Arles) qui échoit à Charles, fils de Lothaire, et dont le suzerain le plus connu fut Louis l’Aveugle (890); mais il s’agit d’un territoire souvent inféodé au royaume de Bourgogne. Et c’est avec Guillaume d’Arles (10e s.), à l’origine de la première lignée des comtes de Provence (comites Provinciae), que ce pays devient une principauté indépendante.

Dos mòts per una sola etimologia: Provença e província.

    Si, pour désigner notre territoire, le latin Provincia reste la seule forme utilisée dans les documents officiels, le mot lui-même, qui n’a jamais cessé d’être employé dans la langue courante, a évolué naturellement comme tout autre mot. En occitan,  le i nasal devient é, d’où « Provença » (cf. subinde > sovent), tandis qu’en français l’évolution continue jusqu’au son a : Provence (cf. souvent). Notons que le moyen-âge a connu une forme « Proensa » : c’est que certaines voyelles avaient tendance à absorber le v (ainsi avait-on « noel » à côté de « novel »).
Alors, pourquoi l’occitan « província » à côté de « Provença » (et en français « province » à côté de « Provence ») ? Si, dans sa forme savante (la langue latine des clercs), le mot latin provincia continuait d’être un nom commun (en particulier pour désigner une province ecclésiastique), la langue courante (celle qui évolue naturellement avec le temps) ne l’avait gardé que comme nom propre pour désigner l‘entité géographique qui nous intéresse. Donc, si l’occitan connaît le mot « província » (et le français « province »), c’est qu’à une certaine date (12e s.) on a jugé bon de l’emprunter directement au latin ecclésiastique, en l’adaptant simplement aux canons de la langue.

               La Provença coma província.

Sous l’Ancien régime (14e s.), le mot « province » va passer du domaine ecclésiastique au domaine laïc pour désigner une division territoriale issue de la féodalité, possédant des privilèges locaux et administrée par un représentant du roi. Avec la centralisation royale (17e s.), le mot prend une signification plus précise: une province est une partie du royaume possédant des caractères propres, à l’exclusion de la capitale. C’est alors qu’apparaît le mot « province » avec valeur générale : la province devient l’ensemble des provinces du royaume par opposition à Paris. Une relation de type hiérarchique se crée alors (la province est ce qui est soumis au pouvoir de Paris), avec des connotations péjoratives liées à ce type de situation : rappelons-nous quelle aventure est pour Madame de Sévigné le voyage de Paris à Grignan ; rappelons-nous la lettre de Fénelon à Louis XIV, dans laquelle le prélat rappelle l’état d’abandon dans lequel le centralisme étatique laisse la France (« La France entière n’est plus qu’un grand hôpital désolé »).

                                      E ara ?

Avec la Révolution « les provinces » disparaissent au profit des départements ; mais « La province » subsiste, avec tout ce que ce mot sous-entend de rapports hiérarchiques et de dédain condescendant. Certes, en créant les « régions » (1972), on a peut-être voulu effacer tout cela : mais a-t-on changé plus que les apparences ?

    E la Provença dins tot aquò ?
De segur, dins seis originas e dins son istòria, lo mòt « Provença » est ligat a una situacion de dependéncia : a respèct de Roma d’en premier (la provincia transalpina), a respèct de la monarquia francesa puei (la Provença « province de France »). Adonc, nos faudriá belèu èstre contents d’èstre devenguts « PACA », qu’aquò escafariá tot aquéu passat de somission. Mai sabèm que sufís pas d’oblidar lo mot per que la causa dispareisse. D’aitant mai que lo mòt es emplegat a bòudre per toteis aquelei que vòlon faire de nòstra encontrada lo país dau bronza-quieu. Alora, vau mielhs se lo gardar per nosautres, aparar totei lei valors grandas que carreja amb eu e ne’n faire l’estendard de nòstra identitat occitana.

Pau PEYRE
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