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Istòria / Histoire


Le massacre de Valreas (Juin 1944)
26 / 07 / 2016 101 lu(s) 
Eclair d’histoire
                              
LE MASSACRE DE VALREAS

    Au soir du 7 juin 1944 les troupes alliées se battent depuis deux jours en Normandie. Il semble que le débarquement soit sur la voie de la réussite si bien que le Haut-Commandement Inter-allié ordonne l’insurrection armée sur l’ensemble du territoire français. …. Or, dans l’enclave vauclusienne située aux contreforts du massif Diois,  l’activité des maquis est importante. Il est donc décidé de libérer Valréas et, au matin du 8 juin, les troupes FFI investissent la ville.
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   Les maquisards arrivent par groupes. Les témoins racontent : « quand nous avons vu arriver les FFI nous avons pensé que, cette fois, c’était vraiment la fin de la guerre. Les jeunes filles se précipitaient pour les embrasser, les vieux pleuraient de joie, les hommes les acclamaient…. » . En quelques minutes les communications téléphoniques et télégraphiques sont coupées : Valréas est isolée du reste du pays. L’hôtel de ville est investi sans résistance et sans qu’aucun coup de feu n’ait été tiré, mais il reste la gendarmerie où se sont retranchés les gendarmes et leurs chefs.
   Un responsable FFI et deux hommes s’y rendent en parlementaires. Une fenêtre s’entrouvre au premier étage et l’adjudant de gendarmerie engage le dialogue :
- « Qu’attendez-vous de nous ? » demande-t-il
- « Si vous déposez les armes, il ne vous sera fait aucun mal »
- « Quelles garanties pouvez-vous nous fournir ? »  
- « Vous avez notre parole d’honneur, et, de toute façon, vous n’avez pas le choix. Si dans cinq minutes vous ne sortez pas sans armes, nous donnons l’assaut. Vous savez bien que vous n’avez aucune chance… ». La fenêtre se referme, et deux minutes plus tard elle s’ouvre à nouveau :
- « C’est d’accord », dit le gendarme. « Nous sortons sans armes. Nous vous faisons confiance. »
   C’est ainsi qu’en moins d’une demi-heure, Valréas est libérée sans qu’aucun coup de feu n’ait eu à être tiré. Les maquisards sont maintenant les maitres de la ville mais la position du maire, monsieur Niel, est délicate. En effet, Jules Niel est un patriote, il approuve l’action du maquis, mais son premier devoir est de penser à la sécurité des valréassiens.
- « Votre geste héroïque est notre récompense après quatre ans d’attente, seulement  il risque de se noyer dans un bain de sang… ».
   Il est alors décidé que la municipalité obéira aux ordres des FFI mais que le commandement des maquis s’engage à n’autoriser aucune action isolée de partisan, et, en cas de désobéissance, de la punir très sévèrement.

   La première journée se passe en organisation nouvelle de la cité et la population encourage le Maquis. Au soir du 8 juin, les accords avec le maire sont respectés. La guerre semble terminée.
   Au matin du 9 juin la première précaution des FFI est de défendre la ville en dressant des barrages sur toutes les routes d’accès. Une première attaque allemande se heurte au barrage de la route qui vient de Visan. Sous le feu nourri du Maquis, les forces allemandes doivent se replier. Mais, après quelques heures d’accalmie, la riposte allemande est là. Les premiers bombardiers en piqué font leur apparition, venant des bases de Visan et de Montélimar. Les barrages souffrent énormément.
Les maquisards décident pourtant de continuer à tenir leurs positions. Les 10 et 11 juin les bombardiers se succèdent mais les remparts tiennent.C’est le 12 juin à midi que le drame se noue à Valréas. Le commandement allemand a réussi à utiliser une ligne téléphonique remise en état. L’allemand parle un excellent français et ses menaces sont précises :
   «  A partir de l’heure qui suit nous arrêterons les bombardements des barrages. Nous allons, par contre,  procéder au bombardement intensif de la ville… Nous vous promettons qu’il ne restera plus âme qui vive à Valréas.  Si les barrages sont enlevés, les troupes reprendront possession de la ville. Si non, le bombardement commencera dans la minute suivante jusqu’à la destruction complète de la ville».

   La discussion à la mairie est dramatique. Il est évident que les forces du Maquis ne sont pas assez importantes. Finalement, à 12h30, les troupes du Maquis décident d’abandonner la ville. M. Niel est persuadé que cette décision sauvera la vie des habitants.
   A 13 heures, plus de 2000 allemands encerclent Valréas. Ils ont un armement lourd. Quelques maquisards ont décidé de défendre l’accès à la ville. Ils sont exterminés. Il ne reste plus aucun combattant français à Valréas. Les allemands sont déchainés. Ils tirent des rafales d’armes automatiques dans les rues. Ils enfoncent les portes à coups de pied et tirent dans les maisons…. Le maire décide de se rendre seul à l’hôtel Thomassin où les SS ont retrouvé leur PC. Il demande pitié pour les habitants. Finalement le commandant allemand dit :
  « Rassemblez tous vos administrés sur la place de la ville à 17h, demandez à tous les hommes valides de se munir de leur papier d’identité, de leur livret militaire et de leur livret de famille, dites-leur que toutes les issues de la ville sont bouclées, ordonnez de laisser toutes les portes des maisons ouvertes. »
   A 17 heures, ce 12 juin 1944, la population est réunie autour du dôme à musique. Le commandant SS hurle des insultes qu’un français en uniforme allemand traduit.
- «  Nous allons être humains avec la bande de cochons que vous êtes. Nous n’allons pas vous égorger les uns après les autres comme vous le méritez….. Nous allons juste vous donner un petit exemple de ce qui vous attend. ».
   Cinquante-trois hommes sont ramassés au hasard. C’est le mur de la maison Clarisse qui est choisi pour leur exécution. La population est obligée d’assister au massacre. Le maire intervient encore une fois et  finalement il ne réussira qu’à sauver deux hommes, Louis Diage, l’ancien instituteur, et Antoine Macelon, un ouvrier maçon.
Les 51 otages restants sont toujours massés contre le mur de la maison Clarisse.
Le commandant se garde bien de donner l’ordre d’ouvrir le feu au peloton d’exécution. Il commence lui-même le carnage. Il tire une balle sans viser au milieu du groupe. Il va prendre un verre au café de la place. Il revient et finit son chargeur, toujours sans viser. Enfin il donne l’ordre de feu et les soldats tirent. Les otages tombent les uns sur les autres. Les SS prennent leur temps : ils vont boire un verre entre chaque chargeur. Les habitants doivent assister jusqu’à la fin. Le spectacle durera deux heures.
    Le soir du 12 juin les habitants rescapés sont autorisés à rentrer chez eux. Le commandant a laissé des sentinelles au pied du mur d’exécution qui, après s’être amusées à tirer quelques balles dans le tas de corps, sont allées se coucher.

   Mais les pompiers de Valréas ne dorment pas. L’un d’eux a une idée : « Si nous faisions une patrouille en uniforme, nous en profiterions pour passer près du mur Clarisse et voir s’il y a des survivants. » L’idée est acceptée avec enthousiasme et les pompiers partent dans la nuit. La ville a retrouvé un semblant de calme. Enfin, le groupe des pompiers atteint le mur de la maison Clarisse. Il n’y a pas de sentinelle en vue. Un à un, les pompiers retournent les 51 corps. Cinq ont un reste de vie. Ils les emportent dans la nuit en rasant les murs et entrent dans l’hôpital par une porte dérobée.
   L’interne de garde accepte de les cacher dans une pièce du grenier et de les soigner. Quatre seront sauvés. Mais le commandant des pompiers se rappelle que le commandant SS responsable du massacre a noté le nombre d’otages qu’il avait décidé de massacrer. Il est à peu près certain qu’il va faire son compte au petit matin et qu’il sera fou de rage en constatant que cinq de ses victimes ont disparu. Heureusement, le médecin a une idée : « Il y a ce qu’il vous faut à la morgue. Ce sont des résistants abattus dans l’après-midi. Je n’ai vu aucune garde et je pense que vous pourriez prendre facilement les 5 corps qui vous manquent». Et les pompiers réussissent à entrer dans la morgue et à se procurer les corps de remplacement.
Le lendemain matin, le 13 juin 1944, l’officier SS recense ses victimes. Il a son compte !
   Grâce au courage des pompiers et à la présence d’esprit du médecin, le mur de la maison Clarice de Valréas se contentera de 51 morts.

(tiré de l’ouvrage « Les maquis de Provence » de Christian Durandet).

D’après l’émission de radio de Annie et Bernard Vaton.

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