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Régions et Peuples Solidaires : Compte-rendu des journées d'été - Gérard TAUTIL
09 / 09 / 2019 376 lu(s) 
24e Université d'été et 25e Congrès
de REGIONS ET PEUPLES SOLIDAIRES


           Ces journées d’été, en raison du nombre des intervenants et de la richesse des thèmes évoqués, doit se lire à deux niveaux : la première partie de ce reportage, évoquée par Thérèse de Boissaizon, dégage thèmes et interventions des personnalités invitées. C’est aussi l’écho vécu d’un événement politique important en Corse, ce qui importe d’être souligné. La deuxième partie ici présentée essaie d’en tirer les conséquences  pour la dynamique de Régions et Peuples Solidaires et également les éléments principaux d’un bilan pour chacun des partis qui constitue la fédération. Il n’y a donc aucune difficulté à passer de l’une à l’autre.


La situation politique corse pose une question centrale:
« la démocratie gagnera-t-elle ? »

  Tout observateur qui a suivi l’évolution politique corse, depuis  l’ARC, Aleria et d’autres étapes qui fondent ce combat politique, ses orientations autonomistes et indépendantistes, comprend que l’histoire du peuple corse s’est construite année après année, sacrifices après sacrifices des personnes. Autant de signes qui font foi de la persévérance et de la volonté au quotidien d’un peuple qui ne se renie pas.
  Le combat démocratique qui est aujourd’hui l’orientation majeure des responsables  aux  affaires de la Collectivité Territoriale  s’affirme, n’en déplaise à toutes les tentatives de retour en arrière de l’Etat et de ses relais dans l’île (2017, Pé a Corsica réalise 56% des votants). Les vexations dont ont été victimes ses élus - fouilles au corps, retrait du drapeau corse lors de la dernière venue de Macron pour la commémoration de la mort du préfet Erignac, culpabilité collective du peuple corse  - ont montré que toutes les revendications (autonomie, co-officialité de la langue corse, rapprochement des prisonniers politiques) étaient toujours ignorées par Paris.
  Et malgré ce contexte, les représentants de la société civile et les responsables politiques corses n’ont pas baissé les bras. Les dernières législatives ont permis à  trois députés corses d’être élus. Dans la foulée, les européennes de mai dernier, ont aussi vu l’élection d’un député corse, en alliance avec la liste écologiste EELV. On ne peut ignorer le travail réalisé à l’Assemblée nationale dans le cadre de la naissance du groupe Liberté et Territoire, cette dernière innovation face à la Macronie qui se garde bien d’en parler...  C’est ce qu’illustrent les interventions lors de cette 24e université. Le questionnement de Gilles Simeoni est à double détente : en faisant le bilan de plus d’une année aux responsabilités, il se demande si la démocratie peut gagner. Il rappelle avec lucidité les différents contacts avec l’Etat : «  Nous venons avec un  projet politique, on nous renvoie à la voierie et aux poubelles ». Quant au niveau institutionnel, il est dans l’impasse, Macron entretenant la confusion entre autonomie et indépendance. Le mur est là : « on le détruit ou on le contourne ». L’alternative est dans le combat politique. Xavier Luciani conforte cette stratégie au plan linguistique avec un plan de formation , « la langue de tous pour tous ».  Pour lui  « la langue fait partie de la construction nationale ». Sampiero Sanguinetti,  journaliste et témoin de plus de 60 ans d’histoire corse, rappelle que toute idée d’un statut particulier (2018) est remis en question. PHOTO
   Le constat s’élargit : la crispation du nationalisme français côtoie les nationalismes étatistes d’Europe. Les Gilets jaunes n’ont pas changé les convictions de Macron, la France régresse dans un jacobinisme anhistorique. Le Brexit fracture La Grande Bretagne (Ecosse, Irlande). Tudi Kernaleguenn, enseignant à l’université de Louvain insistera sur cette idéologie française d’une république une et indivisible, symptôme du passé. Une boite à idées est nécessaire pour R&PS, idée qui semble avoir été retenue. Paul Mollac évoque à  son tour la difficulté de la réforme constitutionnelle et s’interroge sur  l’article 72-5 qui permettrait d’avancer vers l’autonomie. Encore faudrait-il qu’il soit discuté et que le Congrès obtienne les 3/5e pour changer quoi que ce soit…  
   La question posée par toutes ces interventions est sans doute celle de la démocratie française. Mais, comme le soulignera plus tard François Alfonsi, la question hexagonale n’est qu’une déclinaison forte mais particulière, la démocratie est aussi absente de cette Europe néolibérale.

A questions sociales et sociétales réponses politiques !  

   La société réelle traduit ces manques en Corse comme dans les territoires où la question sociale est gérée avec peu de moyens financiers mais avec beaucoup de contraintes  administratives ; ce que met en évidence François Pernin, membre de la délégation régionale de Médecins du Monde : carences alimentaires, santé, logement, emploi/travail, mobilité, culture, école, absentéisme que souligne aussi le vote… Record de vie écourtée (SDF : 49 ans, cas psychiatriques : 36 ans). Les causes sont mondiales mais relèvent aussi de l’Etat et des régions. En Corse 81000 personnes vivent avec 1100€/mois. Les outils manquent (statistiques depuis 1970), l’administratif ne fait que reconduire « la banalité du mal ». Il manque  un chaînon : les conditions concrètes pour humaniser les rapports sociaux ; le peu de moyens financiers en région met en cause les réponses possibles et nécessaires.
   C’est aussi l’expérience municipale que fait Lucien Betbeder, maire de Mendionde (P. Basque). Les initiatives locales ouvrent un champ nouveau d’expérimentation et de transformation : 4 quartiers, 4 frontons, domaine agricole de 35 ha gérés par la commune, 10 ha gérés par la coopérative intercommunale, produits locaux pour 150 repas des écoles. Elles sont solidaires du développement de la société basque face au refus de l’Etat de créer un statut particulier : enracinement des Ikastolas (de 5 élèves en 1950 à 4 lycées en 2016), création d’un Institut culturel qui coordonne les initiatives, création de Herikoa, société qui draine l’épargne pour la création d’emplois (80 entreprises) ; agriculture paysanne et filières viande/blé, circuits courts et de proximité, produits fermiers. Et surtout participation au processus de paix qui s’appuie sur la société civile…
   Dans un autre contexte lié à la lutte contre les pesticides, le maire de Langouët (Bretagne), Daniel Cueff, prend un arrêté interdisant leur usage à moins de 150 m des habitations. Macron lui rappelle la priorité de la loi, ce qui n’empêche pas 30 maires de suivre son exemple. Mais là aussi de nombreuses initiatives locales voient le jour : agriculture bio en cours, baisse du prix des repas bios (parents : 3,25€, enfants : 1,75€), transports décarbonés…

   L’initiative locale/régionale confirme que face aux blocages de l’Etat une autre voie est possible. C’est, sans aucun doute, la leçon qui se dégage de ces témoignages.


   De nouvelles avancées politiques

   Jean-Felix Acquaviva et Paul-André Colombani s’inscrivent dans ces forums en montrant les avancées politiques. Elles sont nombreuses  grâce à l’élection de députés qui font leur travail : 400 amendements (1/5e) de la réforme de constitutionnelle, même si l’affaire Benalla clôt le débat ! Création du groupe Liberté et Territoire (18 députés) qui revendique une véritable décentralisation (pour M.de Courson, « C’est Vichy ») ; mais aussi en Corse des revendications immédiates sur le foncier (+138% en 10 ans), les déchets, avec pour solution l’économie circulaire (la Collectivité de Corse peut le faire), l’interdiction de l’entrée des produits plastiques, baisse de la TVA sur les produits transférés, recherche de l’autonomie énergétique (15 ans visés). Paul-André Colombani rappelle qu’une autonomie législative avec des compétences nécessaires est à l’ordre du jour, à la différence d’une déconcentration laissée au bon vouloir du préfet. Ce système crée les Gilets jaunes et le néolibéralisme accélère le déracinement, le marché étant la valeur suprême. L’autre volet de cette politique est de croire que nos ressources sont inépuisables alors que nous vivons dans un monde fini. Préserver notre patrimoine naturel et nos spécificités culturelles est aujourd’hui vital pour l’humanité.


Contribuer ici et maintenant à une transformation de l’Europe actuelle

   Ce que confirme Damien Carême, maire de Grande-Synthe et eurodéputé EELV, qui s’inscrit dans le Forum « Une politique sociale et territoriale forte en Europe pour lutter contre les populistes et les extrêmes ». Son témoignage sur l’accueil des « chercheurs de refuge » dans un contexte social lourd est une réponse face à la montée des populistes : 28% de chômeurs après 1990  confrontés à 18 ans de travail de reconversions : écologie, cantines scolaires, terres agricoles rachetées, jardins potagers autour des HLM,  gratuité des transports, éclairage public limité (leds), gaz vert, négociation avec les mutuelles à la carte en direction des veuves touchant 850€… Le « délit de solidarité » concernant les migrants répond à l’absence de réponse de l’Etat (2015) : camp humanitaire composé de cabanons (puis convention avec Cazeneuve en 2017 pour 1500 « chercheurs de refuge »). L’ « Association des Territoires accueillants » (Région « Occitanie », Corse…) répond aussi à cette situation.

   Cette « construction du progrès du bas vers le haut » est fondamentale pour Lorena Lopez de Lacalle, présidente de l’Alliance Libre Européenne (46 partis politiques, 12 élus). La question de la « territorialité » en Europe est au centre des préoccupations de l’ALE. Les Ecossais engagés dans un self government (autonomie) mettent en évidence des indicateurs incontournables (accès au logement, écoles, espaces verts, santé, accès à l’éducation…). En Catalogne, L’ERC est à la tête de l’accueil des réfugiés ; considérant qu’ils vont rester, la définition de l’application de leurs droits et de leurs devoirs  s’impose. L’inter-culturalité est au fondement de la reconnaissance de l’autre comme un autre nous-mêmes (183 nationalités et plus de 300 langues). En Italie, le mouvement Pacto per Autunumia (inter-régional) revendique des statuts d’autonomie, comme à Naples où l’eau et la santé sont considérés droits humains. C’est le territoire autonome qui doit organiser ces domaines et non les actifs financiers.

   C’est dans l’ensemble de ces domaines que François Alfonsi, réélu à Bruxelles, compte agir contre cette Europe de l’extrême droite passée de 52 à 73 élus. Alors que Junker a proposé de répartir les migrants, Valls a refusé d’imposer à la France des quotas. L’Italie confrontée à un flux important refuse à présent tout accueil. A Nantes, Auriol Amoros a considéré qu’il faut trouver un indicateur (de 25 à 3%) sur cette question. F. Alfonsi constate que l’exclusion sociale se construit sur un territoire et que c’est là qu’il faut intervenir prioritairement.  Pour dépasser l’Europe des Etats, il préconise un travail d’explication pour la prise en compte des territoires à l’Assemblée des Régions, construire un discours politique (ALE-EELV), d’autant que faire reculer les populismes est possible (Pologne, Tchéquie, Suède…). Ecologie et Territoires sont complémentaires.

   C’est ce thème que défend également David Corman, secrétaire de EELV qui souligne la convergence de nos deux organisations. D’autant que nous partons du même constat : écroulement des idéologies antérieures, refus du centralisme et du jacobinisme. A Irun la question centrale posée était de savoir comment organiser la résistance à la mondialisation néolibérale et comment vivre sans perdre notre subsistance face à la logique des supermarchés.  Contre les forces d’adaptation au monde tel qu’il est (LREM), prenons en compte les conditions écologiques de la réalité de la terre (Gaia). Il  faut à présent matérialiser cette offre politique nouvelle qu’est la synthèse entre écologisme et régionalisme. Ce langage nouveau doit émerger pour 2022.

   25 e Congrès de R. & P.S.

   Le congrès salue la mémoire de trois de ses militants : Edmond Siméoni, Noêl Communot (MRS), Robert Gago (POc).
   Le rapport moral fait par Gustave Alirol, président de la fédération, met en évidence les mouvements sociaux (G. Jaunes) à l’intersection des questions écologiques, sociales et territoriales ; il constate la non reconnaissance des territoires. Il propose la rédaction d’une plate-forme minimum commune en vue d’une communication qui réponde aux « arguments » du pouvoir et mette en évidence les questions concrètes de nos territoires. Faire le point sur les écologistes et la Gauche. Débat ouvert. Rapport voté à l’unanimité.
   Le rapport financier présenté par François Alfonsi, trésorier sortant, est voté à l’unanimité. Il en va de même du rapport d’activité.
   Le tour des partis permet de faire le point politique dans les territoires, les interrogations et propositions des représentants.
   De nombreuses motions sont présentées qui répondent à la démocratie interne de la fédération : Construire l’alternative au statu quo néolibéral et au retour en arrière jacobin ; motions sur  la répression d’un militant poursuivi pour sa participation à la manifestation altermondialiste de Gênes, soutien à D. Cueff (UDB) ; motion contre la privatisation des barrages (MRS) ; motion Amazighs.

   Conclusion est faite par le président. Plusieurs points sont mis en évidence : rappel de l’élection de Max Simeoni, première convergence de l’écologie et du courant nationaliste démocratique ; présence de R&PS à la constitution de l’ALE ; écologistes et régionalistes se retrouvent pour dépasser l’ancien monde politique français,  mettre en avant la démocratie territoriale et l’autonomie des territoires qui est en Europe l’exigence d’un pouvoir de décision. Ce congrès doit profiter à tous et aller au-delà des échéances électorales.
Rendez-vous est donné en Bretagne pour les 25èmes journées d’été.

-Merci à tous les coordonnateurs des forums: Antonia Luciani, Lydie Massard, Roccu Garobi, Pèire Costa.
                                                                                          Gérard TAUTIL
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