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LOZERE. URGENTISTES EN SOUFFRANCE. Gerard TAUTIL
30 / 12 / 2019 392 lu(s) 
LOZERE. URGENTISTES EN SOUFFRANCE.

               La castanha tuba !
                          
    La vitrine d’entrée donne le ton : « URGENCE EN SOUFFRANCE ». Si je la raconte, c’est que cette petite histoire vaut pour tous les territoires abandonnés des services publics et particulièrement de Santé. Les urgentistes manifestent en espérant être écoutés mais dans nos pays occitans « excentrés » c’est encore plus lourd à porter pour ce type de personnel. Et l’écoute du ministère de tutelle est quasi nulle. Un ami lozérien ayant subi un accident cardiaque m’a raconté ce qui lui était arrivé en essayant d’être admis dans un service d’urgence un samedi après-midi. Chasseur, il vient de tuer un sanglier en montagne, et se trouvant seul en poste éloigné, il a dû tirasser la bête jusqu’à la piste où il s’est effondré, victime d’une syncope.

     Première étape : reprenant conscience, il se fait accompagner d’abord à Florac (une heure de route) où l’hôpital a disparu et s’est transformé en « Maison de santé » ! Le médecin de garde, après appel du 15, le reçoit malgré la fermeture du centre, l’ausculte et laisse entendre que le parcours obligé est de rejoindre le service des urgences de Mende (presqu’une heure de route), sans préjuger d’un éventuel transfert à…Montpellier.
   Mende possède le seul hôpital public pour tout le département. Les locaux y viennent et, en période de vacances comme la Toussaint, les touristes affluent. 3 à 6 heures d’attente, de quoi crever en cas d’accident grave.
    Deuxième étape : L’ami passe après plus de quatre heures d’attente. Une salle de 30 personnes par roulement. Des blessés prostrés, un bras ou un pied ensanglanté. Des personnes âgées ou des jeunes qui se sont foulé ou cassé la cheville. La routine des petits et gros accidents qui surviennent un jour férié. Un seul médecin urgentiste pour cent patients par jour, des infirmièr-es qui ne savent plus où donner de la tête, « qui font le ménage », pas de médecin spécialiste disponible ce samedi. L’urgentiste à l’écoute, seul médecin présent, est déjà au courant : une syncope répétée, ce n’est pas rien. On lui dit qu’un électrocardiogramme n’est qu’une entrée en matière et qu’il faut tout envisager en cas de mauvaise irrigation du cerveau, un transfert rapide vers le centre de cardiologie de Montpellier. Avec 23 de tension tout est possible…
    Troisième étape : L’électrocardiogramme commence à 19h après quatre heures d’attente et se termine le lendemain à 15h. Observation sérieuse, rien à dire. Entretemps des dizaines de patients se succèdent et le côtoient. Le service est aussi rapide que possible, le personnel dévoué s’active jour et nuit dans une ruche sanitaire jamais rencontrée par lui. Le cardiologue (remplaçant) n’arrive que le lendemain à 9 heures : malaise vagal ou dysfonctionnement ? Le médecin-chef arbitre le diagnostic ou botte en touche : vous devez revoir votre cardiologue une fois rentré chez vous, l’ami résidant dans un autre département. Il verra si un stimulateur cardiaque est nécessaire ou pas… Paures de nautres !

   Petite histoire de la vie quotidienne des personnels de santé qui font tout ce qu’ils peuvent avec le peu de moyens du bord.

Les services urgentistes ne sont pas les seuls en souffrance, ils  sont le reflet d’une dégradation accélérée des services sanitaires dans leur ensemble et de la monté du privé et de ses cliniques pour riches. En cette Occitanie profonde qu’est la Lozère, le service public de santé est à genoux. C’est la médecine des pauvres malgré elle, une médecine banalisée par son absence de moyens et de personnels. Une médecine de proximité qui fait ce qu’elle peut. Mais  jusqu’à quand ?

G.T

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