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LETTRE OUVERTE à Madame BICAÏS, nouveau maire de La Seyne LA SEYNE, UNE NOUVELLE CROISADE ? Gerard TAUTIL
16 / 02 / 2021 379 lu(s) 
LETTRE OUVERTE à Madame BICAÏS, nouveau maire de La Seyne

    LA SEYNE, UNE NOUVELLE CROISADE ?


   Madame Le Maire,

   Enseignant de longue date au lycée Beaussier (1969-1998), en philosophie et en Occitan / Langue d’oc, j’ai participé à toutes les initiatives de défense du Provençal au cours des municipalités successives. Je me sens concerné par les deux dernières réponses faites par le responsable de la communication et par la vôtre, réponse indirecte aux différents courriers qui vous ont été adressés par le Colloque d’Oc et par le Félibrige ; à la suite de ce que je considère comme un véritable « nettoyage culturel » de la culture d’Oc en Provence (disparition de la rubrique provençale du bulletin municipal Le SEYNOIS et de la langue d’oc sur les panneaux lumineux…). Aussi mon courrier est personnel.

Le premier courrier est une non réponse sur le fond :
« Nous respectons votre engagement pour la défense de la culture provençale, mais nous avons fait le choix de communiquer le plus largement possible en français. » (1) C’est par ces lignes laconiques, impériales et sans détour, que votre Directeur de Cabinet a répondu au Cercle Occitan de la Seyne.
Le deuxième, dans la presse, n’est pas une réponse aux nombreux courriers qui vous ont été adressés ou dont vous n’avez peut-être pas eu connaissance :
   Madame Bicaïs, vous souhaitez donner la priorité à la « Méditerranée et au tourisme local » et vous pensez que la langue d’oc relève d’un « particularisme » dépassé. (Var Matin 15-01-2021).

   Sans doute ignorez-vous que l’occitan dans sa forme provençale est une langue millénaire dont la renaissance a été engagée par Frédéric Mistral (prix Nobel, 1904) (2) et que son enseignement a été rendu possible dans les écoles, collèges et lycées (loi Deixonne, 1951).

   Aussi le terme de particularisme est à contre-histoire pour plusieurs raisons :

- Langue de culture, dans la formation des langues romanes, elle a donné du 11ème au 14ème siècle, une poétique et une littérature reconnues encore aujourd’hui par toutes les universités d’Europe et du Monde. Elle a contribué, à son niveau, à une déclinaison universelle des thèmes à l’origine de la culture occidentale. Particularisme que cela ?
- A la croisée de l’Occident et de l’Orient, ouverte à la Méditerranée, elle a donné naissance à une culture d’apport original : il intéresse les générations anciennes et nouvelles de Provence. Ce qui est différent des références que vous faites à un tourisme héliotropique, Coste-azuréen, dont le but serait essentiellement financier. La culture n’a pas de prix. Elle n’a rien à voir avec une gestion comptable que vous suggérez. Son universalité s’inscrit dans les cultures méditerranéennes avec toute son originalité. Particularisme, encore ?
- Cette culture que nous défendons et qui est bien mal soutenue par des décisions municipales à contre-courant de celles et ceux qui font un travail bénévole depuis plus de quarante ans, est au contraire un lien fondamental avec les populations anciennes et nouvelles qui l’ont portée. Le « francitan », cette forme régionale de parler, en témoigne encore et notamment dans les couches sociales populaires, au moment où le français est en train de se faire cannibaliser par un anglais globish de 500 mots… Où est le particularisme et qui est particulariste ?
- Enfin, rappelons que ce travail culturel, méconnu ou dévalorisé, est au fondement même de nos noms de lieux. A la Seyne, ils sont le fondement même d’un géotropisme bien compris qui, lui, n’est pas à l’origine d’une quelconque vergonha / vergougno. Le nom de notre commune auquel j’ai été, avec notre regretté Marius Autran, à l’origine des panneaux d’entrée de ville en témoigne. Nous ne sommes pas de nulle part mais d’un lieu qui prend toute sa place dans la recherche onomastique.

C’est tout cela qui fait que la Seyne n’est pas une ville comme une autre et qu’elle participe en même temps d’une tradition culturelle et linguistique dont nous n’avons pas à rougir.
  La diversité culturelle ne peut se comprendre sans partir de notre environnement quotidien ; il permet de nous projeter dans l’universel, loin des faux particularismes et des ethnocides déguisés. La Seyne en a bénéficié avec les moyens du bord.
  Faites en sorte, Madame Le Maire, que cette ouverture sur la diversité puisse continuer son chemin. Qu’elle continue son rayonnement de toutes et de tous contre le repli uniformisateur.

Simon de Montfort est bien mort, Paix à ses cendres. Que La Seyne retrouve sa véritable signature et son identité provençales.
Vos desiri, Dòna, mei salutacions mai provençalas que jamai
Veuillez agréer, Madame, plus que jamais mes meilleures salutations provençales.

Gérard TAUTIL
Auteur, ouvert au débat et prêt à vous apporter des éléments qui vous font défaut, mais que votre génération ne peut ignorer.

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(1) « Le plus largement » de M. Touati est très expansif, il supprime toute référence aux racines de notre commune dans le bulletin municipal, pour ne parler que de lui.
(2) Petit rappel : la France a connu quinze prix Nobel de littérature : Frédéric Mistral est le seul en provençal. Encore un particularisme ?

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