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Territoires et Société : SOMMES-NOUS DES SUDISTES ? - Philippe LANGEVIN
17 / 06 / 2019 43 lu(s) 
            TERRITOIRES  ET  SOCIETE                                        
            Sommes-nous des sudistes ?

   Le 11 juin 2018, le président de la région Provence-Alpes- Côte d’Azur présentait un nouveau nom pour la région, l’appellation classique estimée trop longue et peu attractive, fréquemment ramenée à un vilain paca Sans compter que cet acronyme débouchait souvent sur ses habitants, les « pacans » que Mistral, dans le trésor du félibrige, définit comme des manants et des roturiers.
   On se demande encore quel spécialiste de la communication  a eu l’idée saugrenue de vouloir nommer notre région « sud ». Sud de quoi en vérité : sud de la France ? Les corses auraient pu rappeler qu’ils sont plus au sud que nous. Sud de l’Europe ?, ce serait contester  la place géographique du Portugal, de l’Espagne et de la botte Italienne. En fait il n’y a qu’un seul territoire incontestable au sud : l’antartique ! Ses relations économiques avec la Provence paraissent incertaines. On est toujours au sud de quelque part. A moins que, volontairement ou pas, nous soyons ramenés à la guerre de sécession et devenions du coup des sudistes, partisans de l’esclavagisme.
   Cette décision non concertée efface toute référence à la Provence qui devient le sud de quelque part sans savoir d’où. Le préfet a immédiatement réagi, rappelant qu’un changement de nom doit être approuvé par le Conseil d’Etat après avis des départements concernés. Le président a été contraint, dans sa communication, d’ajouter en dessous d’un sud immense un Provence-Alpes –Côte d’Azur minuscule. Alors que le mot Provence évoque immédiatement la beauté des lieux et la richesse d’un patrimoine exceptionnel, voilà que 5 millions d’habitants deviennent sans l’avoir demandé, et probablement sans le savoir, des sudistes. Certains s’en sont émus : une pétition lancée en ligne a recueillie 34 000 réponses d’habitants incrédules.
                                        Intercommunalités anonymes ?
   Ce n’est pas un hasard si des intercommunalités (métropoles d’Aix-Marseille-Provence, métropole de Toulon-Provence-Méditerranée, communautés de communes Rhône-Lez Provence…)  font référence à la Provence ; comme nombre d’entreprises (distillerie de Haute-Provence, l’Occitane…). C’est parce que la marque Provence est connue dans le monde entier, non pas uniquement comme destination touristique, mais aussi comme synonyme de qualité de vie, de paysages remarquables, de bien-être et d’ensoleillement. Dès lors, nommer la région Provence n’est pas seulement conforme à son histoire, c’est aussi lui donner un avantage comparatif décisif dans la compétition mondiale où toutes les territoires sont en concurrence pour accueillir des entreprises, des touristes  et des habitants.
   La mise en œuvre de cette décision absurde s’est traduite par d’immenses affiches un peu partout, l’utilisation du mot sur tous les documents administratifs et officiels, de nouvelles adresses mail, une gabegie de dépenses aux frais de contribuables qui en perdent le nord. Imaginons l’application de ce mot en matière touristique (passer ses vacances au sud), économique (investir au sud), environnementale (économiser l’énergie au sud). Le mot ne passe pas car il ne veut rien dire. Il n’a été repris par aucun mouvement, aucun parti, aucune association, aucune entreprise. Loin de rassembler les divers territoires de la Provence, il isole le Conseil Régional et l’enferme dans un non-lieu qui n’existe nulle part.
   La Provence se caractérise par tout un ensemble d’éléments naturels, historiques, artistiques, ethnographiques, culturels, linguistiques qui font son identité. Certes, dans le temps long, cette histoire a été, comme partout en France, ponctuée de mouvements divers. Mais lors du rattachement au royaume de France en 1482, son territoire n’était pas très différent de celui d’aujourd’hui.
   Ce n’est pas la peine d’avoir fait de longues études pour comprendre que la région Provence, comme toutes les régions françaises, n’est pas un territoire économique. Dans un contexte de mondialisation des échanges, de mobilité généralisée et de financiarisation des rapports économiques, elle ne porte pas un modèle spécifique de développement. Toutes ses entreprises relèvent de réseaux qui ne se limitent pas à son espace. L’économie régionale s’inscrit dans des territoires plus vastes de la nation ou de l’Europe. Ce n’est pas non plus un espace physique. On ne change pas de territoire au-delà du Rhône ou en franchissant les cols Alpins. Son unité est dans sa culture, portée par une langue aux diverses déclinaisons, son patrimoine, son architecture, son histoire. Le Provençal est celui du nom de ses lieux et de ses habitants. Historiquement, il ne serait pas difficile de démontrer que le comté de Provence s’étendait jusqu’à la petite Barcelone au nord, Vence et Antibes au sud à la frontière avec le royaume de Savoie.
                                   Le nom de la région n’est pas secondaire.
Le nommer sud est une négation de ce qu’elle est. S’y opposer n’est pas une réaction irréfléchie de mouvements tournées vers le passé. C’est tout au contraire une attitude  de bon sens tournée vers l’avenir. Quand le Conseil Régional se donne comme projet de faire de ce sud la première région française dans tous les domaines, le ridicule est franchi.
C’est pour rappeler ce que Provence veut dire que tous les acteurs du développement régional, les entreprises, les associations, les collectivités territoriales et tous les habitants qui ne se sentent pas sudistes sont invités à participer à une journée d’échanges qui se tiendra le 21 septembre à la faculté de droit d’Aix-en-Provence. Des économistes, des juristes, des historiens, des linguistiques viendront expliquer la force du mot Provence et l’absurdité du mot sud. L’objectif de cette journée d’échange est de mobiliser tous les acteurs du développement et tous les habitants de la région en leur proposant une simple leçon d’histoire, un petit cours de marketing et un rappel de notre identité.

Philippe Langevin
philippe.langevin2@wanadoo.fr
21-5-19

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