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La Côte d'Azur toujours assassinée. S.F.
08 / 07 / 2017 43 lu(s) 
Dans quel monde vivons-nous ? Suite
   La Côte d'Azur...Toujours assassinée (*).

   Dans les Alpes-Maritimes, après des décennies de bétonnage effréné du littoral et du moyen pays, nos décideurs semblaient avoir pris conscience de la nécessité de sauvegarder les derniers espaces verts, non seulement pour que le territoire reste encore un peu vivable pour ses habitants, confrontés quotidiennement au problème des transports, la pollution atmosphérique, la laideur des barres d'immeubles et des zones commerciales mais aussi, de faon plus intéressée parce que l'attrait que représente la Côte d'Azur pour les touristes risquait fort de se transformer en répulsion : qui aurait envie de venir passer ses vacances dans un environnement de béton et de routes embouteillées ?
De plus, les aléas météorologiques ont mis en lumière les dangers de ce développement incontrôlé ; quelques inondations meurtrières (la plus récente - 21 morts - a eu lieu le 3 octobre 2015) ont rappelé que notre littoral était autrefois une zone de plaines presque inhabitées, souvent envahies de cannes de Provence (endémiques des zones marécageuses) et où les petits fleuves torrentiels pouvaient prendre leurs aises lors de gros orages.
  Mais ce serait méconnaître l'âme humaine que de croire que nos décideurs (de gauche comme de droite) ont vraiment décidé d'arrêter cette course folle au développement économique .
   La méfiance des habitants s'est endormie, les associations s'essoufflent et font face une opposition de plus en plus farouche, de la part des autorités comme des promoteurs de ces projets fous.
   Les médias distillent une théorie suivant laquelle les associations intentent des recours infondés contre les permis de construire, juste pour obtenir un dédommagement financier; certaines, pour avoir intenté une action juridique jugée abusive, sont condamnées payer des dommages et intérêts disproportionnés par rapport leur maigre budget .
   De leur côté, les hommes politiques avancent masqués ;  ils ont changé leur langage : ils mettent en avant le côté environnemental de leurs projets : la place d'une plaine en friche (c'est dire de fertiles terres agricoles), on a une éco-vallée avec une avenue quatre voies desservant des nouveaux quartiers d'immeubles de plusieurs étages mais aux nouvelles normes écologiques ; quelques panneaux solaires sur les toits et le tour est joué.
   Autre argument imparable (qui pourrait s'y opposer moins d'être profondément égoïste ?), c'est qu'après avoir trop longtemps construit des résidences de luxe, il faut présent loger les actifs qui travaillent sur la Côte, ainsi que leurs enfants devenus grands et, pour que ces personnes aient du travail, il faut construire des bureaux, toujours plus d'immeubles de bureaux.
   Mais comme on ne peut pas reproduire les erreurs du passé (lieu de travail trop éloigné du lieu de vie, cités dortoirs) il faut que ces actifs aient toutes les commodités proximité de leur domicile ou de leur lieu de travail... ou des deux.
   Ainsi, la technopole de Sophia Antipolis, qui est encore bien intégrée dans des espaces verts naturels se trouve quelques kilomètres d'un vaste centre commercial qui doit être prochainement agrandi (25 000 m et 70 boutiques de plus) ; proximité vient d'être construit un hypermarché objectif louable : créer plus de concurrence entre les enseignes...Dégât collatéral, des petits commerces ferment et des moyennes surfaces licencient; ce n'est pas grave, cela ne se remarque pas trop.
   Mais il paraît que ces centres commerciaux ne suffisent pas aux Sophipolitains : il leur faut donc (mais les a-t-on consultés?) un autre centre commercial, un Open Sky, (rien que le nom fait rêver) qui sera implanté trois ou quatre km des deux autres et qui sera, bien sûr, un nouveau concept tout fait différent des précédents :  40 hectares de forêt et de garrigue seront détruits pour déployer, autour d'un plan d'eau, 150 000 m de constructions, surfaces commerciales, hôtel, parkings, dont 20 000 m de bureaux (Pourtant Sophia compte déj 30 000 m de bureaux inoccupés parce qu'ils ne sont pas aux normes énergétiques. Peut-être faudrait-il commencer par les rénover).
   Avant même que l'on connaisse l'avis du commissaire enquêteur, des hectares ont été déboisés, tout ceci, en bordure d'un parc  naturel départemental. Pure coïncidence, il est question d'installer, juste côté, la gare de la Ligne Nouvelle de TER et ses 1500 places de parking (vous savez, la ligne grande vitesse qui ne sera pas une ligne de TGV).
   Cerise (pourrie) sur le gâteau (avarié), ces espaces naturels (en voie de devenir artificiels) sont parcourus de petits cours d'eau, très discrets mais qui, lors de gros orages, contribuent largement inonder les plaines en contrebas.
   Bien sûr, même si nous n'en avons pas entendu parler, nous sommes persuadés que dans leur grand bons sens, les autorités ont fait les études hydrologiques qui s'imposent, si elles ne veulent pas aller la pêche aux cadavres lorsque la pluie aura le mauvais goût de tomber trop fort, comme en octobre 2015. J'ai trouvé opportunément un proverbe chinois qui dit Il ne peut pas pleuvoir chez le voisin sans que nous ayons les pieds mouillés."
   En dehors de l'aspect environnemental et du non-sens économique - les centres commerciaux géants se multiplient alors que la population est stable dans le département - il est bien désolant de constater que de plus en plus de personnes trouvent normal d'y travailler le dimanche et les jours fériés au lieu de se retrouver en famille et que ceux qui pourraient profiter d'un samedi ou d'un dimanche pour découvrir nos si beaux paysages, randonner, pique-niquer au bord d'une rivière, passent leurs loisirs déambuler dans ces centres commerciaux et se laisser tenter par des achats superflus.
   Heureusement, on assiste aussi un mouvement contraire d'une certaine ampleur, avec le développement de recycleries (réparation d'objets d'occasion qui sont ensuite donnés ou vendus prix modique), ou de Repair Café (dans une ambiance conviviale, des bénévoles réparent gratuitement les objets pour leur propriétaire ou lui montrent comment les réparer lui-même).
   D'un côté, des milliards d'euros gaspillés par des prédateurs de notre planète pour réaliser de grands projets inutiles, néfastes et polluants, de l'autre, une résistance qui s'organise petite échelle, pour lutter contre le gaspillage, la part du colibri (**).
  Einstein a dit : Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire : Donc, pour les associations qui combattent ces projets déments, c'est plus que jamais le moment de ne pas baisser les bras  et surtout, il faut espérer qu'elles soient rejointes par un grand mouvement citoyen.
S. F.
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(*) Dans les années 70, le bétonnage intensif du littoral maralpin avait été dénoncé dans un excellent livre dénommé la Côte d'Azur assassinée ?
(**) La part du colibri : selon une légende amérindienne (racontée par Pierre Rabhi), un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri sactivait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu nes pas fou ? Ce nest pas avec ces gouttes deau que tu vas éteindre le feu ! " Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."
     S.F.
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