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Fête du miel... Mais à quel prix? S.F.
24 / 06 / 2017 42 lu(s) 
FETE DU MIEL… MAIS A QUEL PRIX ?

  

   Le 30 avril, à Mouans-Sartoux, se déroulait la 23è fête du miel qui réunit de nombreux stands d'apiculteurs de Provence et dont le succès ne se dément pas.

• 4500 apiculteurs exploitent près de 165 000 ruches dans la région provençale, première région française en nombre d'apiculteurs professionnels: environ 300 d'entre eux possèdent de 150 à 300 ruches et près de 700 entre 70 et 150. on peut y ajouter près de 3500 apiculteurs de loisir (- de 70 ruches) sans oublier les particuliers qui installent une ou deux ruches dans leur jardin ou, même en ville, sur le toit de leur immeuble.

• La production est d'environ 2 000 tonnes par an, soit 8 % de la production nationale. L'emblématique miel de lavande représente en année normale plus de la moitié de la production totale. Pionniers des circuits courts, les apiculteurs réalisent 60 % de la distribution de miel en vente directe.
Du printemps jusqu'à l'automne, l'apiculteur récolte de nombreux miels: des plus connus (lavande, toutes fleurs etc.) aux plus confidentiels (sarriette, très rare car elle nécessite un mois d'août pluvieux, arbousier, réservé aux amateurs ...d'amertume, thym, tilleul, bruyère, etc.).
   Pour pouvoir proposer cette extraordinaire palette de couleurs et de saveurs, l'apiculteur professionnel doit déplacer ses ruches : dès février/mars, il peut essayer d'obtenir le miel de romarin, par exemple du côté de la Ste Baume ; encore faut-il que le temps soit assez clément pour que les abeilles aient envie de sortir de leurs ruches. Puis c'est la grande transhumance, de nuit (quand les abeilles ont regagné leurs ruches), avec de gros camions, en convoi, pour se rendre dans la vallée du Rhône et jusque dans l'Ain à la recherche du miel d'acacia.
Retournons en Provence : on va récolter le miel de châtaignier des Maures puis le miel de lavandin, sur le plateau de Valensole (le miel de lavande fine se trouvant plutôt dans la Drôme) et les miels poly-floraux de garrigue.
   Mais dès la fin du printemps, la sécheresse tarit le nectar des fleurs et les abeilles qui passeraient l'été en basse ou moyenne Provence ne produiraient guère de miel. Il est donc temps, pour les ruches qui ne sont pas dans les champs de lavande, d'estiver en montagne et jusque dans les Vosges ou le Jura si on veut récolter le très prisé miel de sapin ; parfois, en haute montagne, on peut même obtenir le très rare et très fin miel de rhododendron.

   Alors, bien sûr, vous pensez que l'apiculture est vraiment un métier de rêve ?

   Mais revenons un peu à la réalité : certes, l'apiculteur moderne est bien aidé par la technologie : ainsi, depuis chez lui, il peut savoir par un système de pesée à distance, si la ruche se remplit normalement ; pour déplacer ses ruches, il dispose d'appareils de levage qui lui évitent de redoutables lumbagos.
   Certes, les apiculteurs provençaux ont été peu concernés par la mortalité des abeilles due à l'utilisation de pesticides (herbicides de Monsanto) qui concerne surtout les zones de grandes cultures (colza, tournesol) produisant d'ailleurs des miels de moindre qualité.
Mais ils n'échappent pas à une nature particulièrement capricieuse et hostile. Depuis des décennies, ils doivent lutter contre le varroa, la loque américaine et autres envahisseurs qui ont vu des milliers de ruches dépérir et de très nombreux petits apiculteurs arrêter leur activité.
   Depuis 2014, la production de miel de lavande est menacée par une maladie des lavandes (bactérie phytoplasme du Stolbur, transmise aux plants par un insecte vecteur, la cicadelle Hyalesthes obsoletus) et le risque lié à l'utilisation de produits phytosanitaires destinés à éradiquer cette maladie mais toxiques pour les abeilles.

   Mais nos butineuses sont aussi confrontées à plusieurs années sans printemps (lorsqu'il pleut, pas de récolte et lorsqu'il fait froid, comme cette année, les fleurs d'acacia gèlent) sans oublier le fameux frelon asiatique, grand dévoreur d'abeilles, qui serait venu d'Asie dans un chargement de poteries.
   S'il ne s'agissait d'un réel fléau, on pourrait admirer cet insecte : il réussit en quelques jours à construire un énorme et magnifique nid qui ne servira que quelques mois. Il a une capacité d'adaptation remarquable : il installe son nid à proximité des ruches ; en vol stationnaire, il attend devant la ruche le retour des abeilles chargées de nectar ou de pollen pour s'en emparer. Il n'est pas agressif quand on lui fiche la paix (l'été dernier, tous les jours, un frelon venait paisiblement manger les restes de nourriture des chats et butiner mes fleurs)...Mais il ne faut pas le déranger : les pompiers, souvent appelés pour venir détruire un nid, ont du s'équiper de masques en plexiglas car ils recevaient des projections de venin à travers le grillage de leur masque de protection.
   Actuellement, les moyens de se débarrasser de Vespa Velutina sont assez peu efficaces, voire farfelus (comme le tir massif de plombs de chasse dans le nid). Les personnes qui n'ont que quelques ruches peuvent essayer un piège à base de 1/3 de sirop de cassis, 1/3 de bière et 1/3 de vin blanc, à suspendre aux arbres, qui serait efficace et sans danger pour les abeilles.

   Alors, il faut vraiment souhaiter aux apiculteurs un énorme courage pour continuer à braver les aléas climatiques et cet insecte féroce et les encourager en achetant leurs miels qui, en plus d'être d'une exceptionnelle qualité, risquent de devenir de plus en plus rares...En espérant qu'un nouveau fléau ne vienne pas s'abattre sur nos pauvres abeilles.

         S.F.

Avec mes remerciements au Syndicat des Miels de Provence et des Alpes du Sud (SYMPAS) sur le site duquel j'ai pillé éhontément une grande partie de mes informations.
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