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Qui a volé la démocratie? H.Guerrera
08 / 07 / 2017 36 lu(s) 
QUI A VOLE LA DEMOCRATIE ?

   Une des critiques les plus fréquentes adressées au régionalisme, à l’autonomisme, au fédéralisme, c’est qu’une minorité puisse imposer ses vues à une majorité. Pour inégalitaire qu’elle soit, du moins en apparence, ce type de mesure peut, et doit, se justifier par le fait que les minorités ont aussi des droits spécifiques, que les décisions prises par une région, une généralité, une fédération…ne concernent en fait pas ou ne s’appliquent pas à l’ensemble des membres d’un même état ou d’une même confédération.

   La construction hyper-centraliste française, qui dans son ADN exclut toute diversité politique, comme linguistique, n’a jamais admis qu’on puisse, ne serait-ce, qu’adapter le législatif aux réalités locales ou régionales. Les timides lois dites de décentralisation de 82 qui ont porté les régions sur les fonts baptismaux n’ont bien sûr pas permis qu’elles évoluent vers de véritables communautés autonomes. En leur levant, tout récemment, le peu de recettes fiscales dont elles disposaient encore, l’organisation de la Vème République confirme, si besoin était, son affirmation d’indivisibilité comme d’unicité.

   Comment la Corse qui avec 3 députés grands pourfendeurs de centralo-jacobinisme sur 4 possibles et une collectivité territoriale gérée par des autonomistes / nationalistes s’accommodera-t-elle de cette rigidité, aussi obsolète que sclérosée, la question reste entière. En tout cas il nous faut saluer un résultat électoral qui va faire vivre la diversité linguistique dont notre langue a le plus grand besoin.
   La tâche ne sera pas simple. Avec un président Jupitérien, comme ils disent et personne dans les tenants de la laïcité ne semble être choqué par cette référence divine pour la plus haute marche de la Vème république, un parlement aux ordres, des libéraux austéritaires aux manettes, et une volonté annoncée de gouverner par ordonnance ; la France va écrire une nouvelle page de la gouvernance par le haut.
   Un parlement aux ordres avec des marcheurs qui ont conquis la majorité absolue dans un vote qui a réuni moins d’un électeur sur deux. Autrement dit une minorité qui décide pour une majorité. Et cela sans remettre fondamentalement en cause l’organisation de la république qui tombe dans « le cauchemar régionalo/fédéraliste ». Alors certes, c’est vrai, on nous annonce, mais sans échéance, une dose de proportionnelle. Seulement rien qu’une dose : il ne s’agit pas, et quasiment en rien, d’éroder le pouvoir de décision de la majorité même si elle est le choix d’une minorité !

   Non la république française, avec son amour immodéré du scrutin, majoritaire, son inversion du calendrier électoral doit pouvoir encore produire des majorités parlementaires décidées par la seule élection présidentielle. Inutile qu’on réfléchisse à décaler, à déconnecter la présidentielle et les législatives en portant le mandat de député à 4 ou 6 ans puisque le parlement, sous le joug des ordonnances, verra son rôle des plus réduits. Un présidentialisme qui ne dit pas son nom, des lois aux forceps, une démocratie syndicale et citoyenne bafouée ne feraient, et sans doute hélas ne feront, que renforcer le sentiment de coupure entre « France du haut et du bas ». C’est sur ce terreau qu’a poussé et prospéré l’extrême droite présente au second tour de la présidentielle. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est à craindre sans changement majeur de cap que rien n’annonce, qu’elle soit toujours plus menaçante.
   En marche qu’il disait, mais n’a-t-on pas oublié de préciser que la marche peut être avant ou … arrière… ?

Hervé GUERRERA
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