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Manières de faire, manières d'être. La psycho-sociologie du POTON. G. Brawanski
28 / 06 / 2018 34 lu(s) 
Manières de faire, manières d’être.

             PSYCHO-SOCIOLOGIE du POTON…

5 mars 2018. Je feuillette le Dauphiné du jour quand un article attire mon attention. Il occupe quasiment toute la dernière page du journal. Il reprend un texte de Serge Pueyo du Parisien paru le 3 janvier 2018. Non, il n’est pas question de la situation en Syrie, de l’agression des Kurdes par Erdogan, du démantèlement de la centrale du Tricastin, de la situation sociale, des "dures réalités" que rencontre Theresa May à propos du Brexit ou des fredaines du pitre de Washington. Il n’est pas question non plus de la situation en Catalogne ou en Corse. Les journalistes savent bien que ces sujets futiles n’intéressent pas les Français.
                       Le thème de société abordé est autrement plus important.
   D’ailleurs, la journaliste Mona Blanchet signale en préambule qu’il "n’a pas laissé indifférent"…, qu’il "a suscité d’innombrables débats et a traversé les frontières"….

   La journaliste américaine Eleanor Beardsley à National Public Radio s’enthousiasme pour "ce sujet drôle, fun et sérieux, … très intéressant pour les américains qui n’ont pas cette coutume".  Hugh Schofield, journaliste à la BBC déclare qu’il est "toujours en quête de sujets intéressants, porteurs de changements en France".
   Ouah !! Gérard et Hugh, mes rédacteurs en chef préférés m’en voudraient de ne pas aborder un sujet aussi "important" dans Occitania – Lo Cebier. Mais je cause, je cause et je m’aperçois que j’ai oublié de vous dire de quoi traite cet article.

            La remise en question d’un rite

   Tout a commencé quand Aude Picard-Wolff, la maire de Morette, un petit village de l’Isère, a écrit aux 73 élus de son intercommunalité pour leur avouer sa gêne de devoir faire la bise à tout le monde en arrivant et pour leur dire qu’elle souhaitait que cet usage soit abordé au conseil intercommunautaire. Elle ajoutait qu’elle en avait assez de sentir les lotions des uns et des autres, assez de risquer la contamination en période de grippe, assez de devoir arriver en retard au conseil ou de prétexter qu’elle était malade pour se soustraire au rite de la bise. Elle voulait serrer les mains comme les hommes et réserver la bise pour ses proches.
   Bigre ! Quasiment une page pour aborder le problème des "potons" ! Ma première réaction a été de penser que cette mairesse allait se faire remettre en place par ses congénères, les 72 maires et par le président de la communauté de communes. Et bien non ! Car même si certains élus jugèrent ce débat "futile, voire ridicule" car il y avait "des sujets plus importants à traiter", le président Frédéric de Azevedo, accepta d’aborder le problème de la bise lors d’une prochaine réunion sans aller cependant jusqu’à réglementer cette pratique. Fichtre !

   Certains lecteurs peuvent se demander pourquoi cette affaire a suscité une telle tempête médiatique ? La psycho-sociologue Dominique Picard, interrogée par la journaliste du Dauphiné, pense qu’Aude Picard a brisé un tabou et que ce n’est pas un hasard si cette histoire tombe à un moment où la parole des femmes se libère suite à l’affaire Weinstein. Elle rappelle que, s’il est difficile bien évidemment de donner une date précise pour l’origine du rituel de la bise, on peut par contre dire que celle-ci s’est généralisée à la fin du XXème siècle, plus précisément vers 1970. Celles et ceux qui partent à la retraite actuellement, ajoute-t-elle, n’embrassaient pas leurs collègues en début de carrière.
   Effectivement, je me souviens qu’en Provence, à cette époque, il n’était pas de bon ton du tout "per un òme de mandar un poton a un autre òme qu’aquò fasiá un pauc gau-galina".

             Potonèja que potonejaràs…
            Joue droite ou joue gauche ?

   Un autre point attire mon attention. Sur la page du Dauphiné, il y a une photo où l’on voit un jeune homme faire une bise à une jeune femme en commençant par la joue gauche. Or, chacun d’entre nous a pu noter que suivant l’endroit où l’on se trouve en France, certains débutent par l’autre joue ce qui entraîne parfois des situations cocasses. Sans compter le nombre de bises qui peut différer d’un lieu à un autre.Ce rituel, cette tradition récente m’interpelle.
   A l’heure où des occitanophones disparaissent hélas tous les jours et que le nombre de locuteurs a tendance à fâcheusement diminuer malgré les efforts des calandretas, à l’heure où même le francitan part en vrille et où l’accent se perd, à l’heure où le rugby à XV voit émerger de plus en plus de clubs du nord de la France en Pro D2 et même en Top 14, se pourrait-il que "lo poton occitan" se différencie de la bise pratiquée dans les autres régions de France ?
   Cela pourrait montrer que les Occitans qui n’ont pas toujours conscience de l’être, seraient peut-être inconsciemment programmés à adopter des rituels qui les différencient des autres ? Si ce n’est pas le cas, peut-être pourrait-on voir apparaître des différenciations entre les personnes ayant une langue régionale de France et ceux du domaine d’oil, ou entre les provinciaux (= gens des pays conquis) et les parisiens ?
   Me voilà parti pour une recherche fiévreuse sur internet. Et là, qu’elle ne fut pas ma surprise à nouveau de voir que ce sujet intéresse autant de monde !
                                                          
    On y découvre plusieurs articles et livres, une vidéo d’un "humoriste" anglais, qui se moque de cette coutume française, vue par près de 3 millions de personnes,  un cours introductif aux SES donné à une classe de seconde sur "l’Analyse sociologique, politique et économique de l’art de la bise et de l’usage du rouge à lèvres" ; des sites consacrés à la bise sur lesquels on découvre des cartes représentant le nombre de bises par département ou sur la joue tendue en premier (gauche ou droite).  Celles-ci se modifient au fur et à mesure de la réponse des internautes. Sans compter, bien entendu, les incontournables réseaux sociaux qui ont toujours quelque chose à dire et contribuent souvent à l’enrichissement intellectuel personnel de ceux qui les lisent. Un exemple intéressant sur un site traitant le sujet de la bise : "Encore une fois les sudistes restent fidèles à leur réputation et emmerdent le reste de la France".

               Pourquoi ces différences ?

   Philippe Turchet s’intéresse très tôt à la perception du langage non verbal humain. Créateur de la Synergologie, discipline d’observation du langage corporel, il présente une explication dans son article, "Québécois et Français : entre joue gauche et joue droite ".  Pour lui, si les Québécois, les Italiens commencent par embrasser la joue gauche alors que les Suisses et la majorité des Français commencent par la droite, c’est parce que le rapport à la proximité corporelle, à l’intimité pourrait être différent d’un pays à l’autre, simplement parce que la bise n’a pas la même signification selon les pays et les régions. La partie gauche du visage serait celle qui livre le plus d’informations sur nos émotions. Ceux qui commencent par la joue gauche auraient plus de facilité à entrer en contact. Les autres seraient plus réservés, plus coincés.  
                                                    
                Situation actuelle

   Les résultats actuels des internautes qui ont bien voulu participer ne dessinent pas vraiment la carte de l’espace occitan. On y apprend que dans la plus grande partie de la France, on tend la joue droite pour se faire la bise. Par contre, l’extrême sud, la Provence, la Corse, l’est et la haute Normandie on choisit la joue gauche. La région Occitanie ne présente pas l’image d’une région unifiée en ce qui concerne "lei potons". Il est vrai aussi que le nombre de votants par départements n’est pas toujours très significatif. Il appartient aux lecteurs d’Occitania – Lo Cebier de voter et de faire voter s’ils considèrent que la joue en tête dans leur département n’est pas la bonne.
Affaire à suivre….
                                                                                                                                Gilbert BRAWANSKI
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