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DOMINICI, coupable de parler occitan - M.N.
21 / 12 / 2016 60 lu(s) 
Dominici, coupable de parler occitan

   Andrieu Neyton vient de le dire, en occitan, au Théâtre des Chartreux de Marseille, à mi-novembre: «  je ne pensais pas parler autant occitan ce soir, je me suis laissé entraîner quand j’ai vu que le public était réceptif ». Le dramaturge toulonnais venait d’adapter une pièce consacrée au Crime de Lurs, en occitan, pour un soir. Et le Théâtre, il est vrai de jauge modeste, s’est rempli. Ça fait de l’émulation.

   Mais l’occitan reste présent, même quand ce « Dominici assassin par défaut » est donné en français, comme habituellement. Parce que la syntaxe reste occitane, même avec un vocabulaire français.Dominici, pour Neyton, qu’il soit coupable (il n’y croit pas) du meurtre de la famille Drummond en 1952, ou qu’il ne le soit pas, a été condamné pour d’autres raisons. Il mettait son occitan là où il ne pouvait placer du français compréhensible dans le prétoire. Le malentendu, la trop bonne aubaine de disposer ainsi d’un sauvage autochtone, forcément vicieux et brutal, c’est cela, d’abord, qui l’a condamné.

   « Si y m’auraient innocenté, j’aurais rien dit à personne », regrette Gaston, le patriarche. Et quand le juge lui demande : « vous y êtes allé ? », Dominici lui répond : « qué ! Allée, pas d’allée là-bas ; je le sais, j’y suis été ! »
    Et que Gaston soit coupable ou pas, c’est bien d’un malentendu de mots dont il pâtira. Pour Neyton, c’est certain ;  mais aussi pour Giono et pour Barthes. C’est cela qu’il paiera. Voilà pour le fond.

    Et il y a la forme : cette manière qu’Andrieu Neyton a de faire entrer concrètement, c’est-à-dire de faire entendre, la réalité socio-ethnologique, au tribunal. Avec lui, nous retrouvons Dominici, l’homme blessé, si pratique à condamner. Il perd la liberté, dans la réalité. Sur scène au moins, il regagne une certaine dignité, celle du langage et de la compréhension du public.
     MN
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